Au delà de la sempiternelle guerre des chiffres (800 personnes selon la police, 2500 selon l’ « agence de presse » d’extrême droite Novopress); les anti-avortement ont rassemblé à hauteur de leur espérance samedi 6 juin dans les rues de Bordeaux, à la veille des élections européennes, et 6 jours après le huitième assassinat aux États-Unis d’Amérique d’un médecin pratiquant des avortements (assassinat pratiqué alors que médecin assistait… à la messe du dimanche dans une église luthérienne).
Une contre-manifestation à l’appel du Collectif bordelais pour les droits des femmes d’une part, et de la Confédération Nationale du Travail 33, du Collectif féministe Ovaires et Contre Tout, et du Groupe Anarchiste Bordelais d’autre part, a elle réuni plus de 200 personnes, très encadrés par des CRS « nerveux » qui ont dissuadé beaucoup de participants potentiels.
Cette « marche pour la vie » pour reprendre la terminologie choisie par l’association organisatrice, Oui à la vie, est la première du genre en province alors qu’une initiative nationale du même type a lieu annuellement à Paris en janvier. C’est toute l’Aquitaine qui était conviée ce qui relativise sérieusement la réussite revendiquée de l’opération. Le principe est désormais bien rôdé : il faut apparaître coloré, jeune et joyeux, en utilisant les réseaux intégristes, anti-avortement et traditionalistes catholiques pour mobiliser.
Le choix de Bordeaux ne doit rien au hasard. C’est la ville où est installée l’Institut du Bon Pasteur, repère de traditionalistes fractionnistes de la Fraternité Saint Pie X, revenus dans le giron vaticanesque après l’élection de Ratzinger, et à qui Jean-Pierre Ricard l’archevêque de Bordeaux a été prié d’attribuer l’église St Eloi sur ordre de Rome pour qu’ils y pratiquent leur liturgie ante Vatican 2. St Eloi leur avait été généreusement attribuée en 2002 par le bon Alain Juppé au mépris total de la loi, décision qui avait été logiquement retoquée par le Tribunal administratif (annulation confirmée ensuite par la Cour administrative d’appel) sur plainte de… Jean Pierre Ricard alors fraîchement nommé archevêque de Bordeaux.
Deux éléments ont favorisé la relative mobilisation malgré le mauvais temps :
- Les réseaux traditionalistes sont en pleine effervescence à l’occasion du débat précédant la révision de la Loi de bioéthique. Ils mobilisent leurs ouailles à tout va en espérant empêcher les avancées (comme l’accès à la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels ou l’autorisation de la gestation pour autrui), voire obtenir des retours en arrière (interdiction du dépistage pré-natal, suppression du système dérogatoire pour les recherches sur les cellules souches embryonnaires). On a pu ainsi voir instrumentaliser des enfants trisomiques, bien mis en évidence, la trisomie 21 étant la maladie symbole des anti-avortement étant donné leur proximité avec la Fondation Jérôme Lejeune (spécialisée dans le soin et la recherche sur la trisomie 21 et très active pour limiter les avancées bioéthiques). Cela explique la banderole « plus jamais l’eugénisme », comprendre par là plus de dépistage pré-natal de la trisomie 21 car lorsque le résultat est positif (2% des cas), une interruption médicale de grosses des décidée par 85% des couples.
- Nous étions à la veille de l’élection des parlementaires européens et des candidats n’ont pas raté l’occasion de se montrer comme Jean-Claude Martinez (candidat dans la circonscription Sud Ouest) et Axel de Boer (candidat en Ile-de-France). Des représentants du FN, du MPF et du Parti de la France étaient présents. On doit quand même s’interroger sur le fait qu’une telle manifestation soit autorisée la veille d’un scrutin !
Ces éléments ont permis de mobiliser au delà de la simple opposition à l’avortement (le multi-condamné Xavier Dor, figure emblématique des commandos anti-IVG, était là), de l’extrême droite (Bernard Antony de l’AGRIF, des membres du groupuscule bordelais Dies Irae) et des intégristes et des traditionalistes (Bon Pasteur, Communauté de l’Emmanuel, chapelle du Christ Rédempteur, Fraternité Saint-Pierre, Fraternité Saint Pie X), et gageons que l’année prochaine (les organisateurs ont annoncé leur volonté de renouveler l’opération) la participation sera encore plus faible.
